Le cardinal André Vingt-Trois en mission à Paris

Paris Notre-Dame du 6 septembre 2012

« Chaque évêque, à qui a été confié le soin d’une Église particulière paît ses brebis au nom du Seigneur, sous l’autorité du souverain pontife, à titre de pasteur propre, ordinaire et immédiat, exerçant à leur égard la charge d’enseigner, de sanctifier et de gouverner. » La mission de l’évêque diocésain, ainsi énoncée par le concile Vatican II [1], se traduit au quotidien par des activités nombreuses. Pour mieux en appréhender la diversité et la cohérence, Paris Notre-Dame a suivi l’archevêque de Paris aux quatre coins de son diocèse et lui a proposé de commenter les photos réalisées à ces occasions. Rencontre. • Par Pierre-Louis Lensel.

© Yannick Boschat
« La cathédrale, c’est l’église référence pour le diocèse, parce que c’est le lieu où se vivent ses grands événements comme la messe chrismale ou les ordinations. L’évêque y célèbre traditionnellement au moins les grandes fêtes comme Noël ou Pâques. J’ai poursuivi la pratique du cardinal Lustiger qui est d’y célébrer la messe chaque dimanche soir – quand c’est possible – afin que le lien avec le peuple chrétien et la cathédrale soit manifesté physiquement, de manière visible. D’un point de vue plus personnel, N.-D. de Paris est la cathédrale où j’ai été ordonné prêtre par le cardinal Marty, puis évêque par le cardinal Lustiger. C’est un lieu où j’ai vécu des moments très forts comme les visites de Jean-Paul II et de Benoît XVI. C’est aussi là que je serai enterré. »
© Stéphane Duteurtre
« Le conseil de l’archevêque est composé des vicaires généraux, de l’économe diocésain, du directeur diocésain de l’Enseignement catholique et de la déléguée à la communication. Il se réunit tous les quinze jours. Ce conseil épiscopal est élargi à un certain nombre de vicaires épiscopaux une fois tous les deux mois. »
© Pierre-Louis Lensel
« Comme l’a souligné le concile, un évêque ne peut pas exercer son ministère s’il n’a pas des collaborateurs ordonnés pour constituer un presbyterium autour de lui. Le conseil presbytéral est l’un des conseils prévus pour entourer l’évêque dans sa mission. Composé d’une cinquantaine de prêtres, il se réunit trois fois par an tout un après-midi. On y débat d’orientations pastorales, on y recueille les réactions des représentants des prêtres parisiens et on y réfléchit sur notre ministère aujourd’hui. Par exemple, cette année, nous avons travaillé sur la collaboration des prêtres et des laïcs dans le ministère. »
© Yannick Boschat
© Yannick Boschat
« L’évêque a besoin de rencontrer les chrétiens et vice versa. Comme sur ces photos au St-Esprit (12e), chaque visite en paroisse me permet de découvrir qu’il y a une forme de “culture” qui se développe dans une communauté chrétienne selon son lieu, ses habitudes, les personnes qui l’animent…Tout cela, on peut se le faire raconter mais on ne peut pas le sentir véritablement si on n’y est pas. Il faut compter cinq ou six ans pour aller à la rencontre de toutes les paroisses parisiennes.

De manière générale, l’évêque a pour mission de construire, de soutenir, de développer la communion et la charité entre les chrétiens. Or, celles-ci se nourrissent dans l’Eucharistie. Le fait que je célèbre dans les paroisses constitue un lien entre les fidèles et moi, qui ne tient pas à ce que nous nous disons mais au fait que nous communions au même Christ sacramentellement. C’est la mission de l’Église de manifester cette communion à travers la vie des communautés chrétiennes et d’espérer que les personnes qui voient ça soient interrogées et encouragées à se joindre à elles. »
© Yannick Boschat
« La mission de sanctification de l’évêque se traduit par tous les actes sacramentels qu’il est appelé à poser. Cela passe, par exemple, par des confirmations ou encore le baptême des catéchumènes, chaque année, à N.-D. de Paris. Je pense aussi ici aux ordinations diaconales et sacerdotales. Ces dernières sont l’événement décisif par lequel ces hommes qui se sont préparés pendant six, sept, huit ans – qui ont cheminé plus longtemps encore – sont complètement consacrés dans le Seigneur pour le service de l’Église. C’est un événement pour eux, dans leur vie personnelle, mais c’en est aussi un pour tous les chrétiens puisqu’ils seront leurs prêtres. »
© Pierre-Louis Lensel
« Je passe quelques heures chaque jour dans mon bureau, à recevoir des collaborateurs, à répondre au courrier, à préparer les interventions que je dois faire dans les jours qui suivent. »
© Pierre-Louis Lensel
« Le lien que nous entretenons avec les vicaires généraux est très important. Parce que mon emploi du temps est très chargé, il faut que je les voie régulièrement. Dans beaucoup de cas, ils ont à agir par eux-mêmes sans que j’intervienne. Il faut donc que nous soyons dans une communion très étroite pour que, s’ils se trouvent dans la situation de prendre une décision, ils la prennent sans crainte.Chaque semaine, nous avons deux moments de rencontre réguliers : le mercredi, nous prenons le petit-déjeuner ensemble ; le vendredi matin, nous nous retrouvons de 9h à 12h30 pour travailler sur les nominations des prêtres et des diacres ou dans le cadre du conseil de l’archevêque. »
© P. Stéphane Duteurtre
« En tant qu’évêque – et plus étroitement encore en tant que cardinal – je participe au ministère du pape au service de l’Église universelle. Je ne peux pas exercer cette mission sans m’informer. Je reçois donc à Paris un certain nombre d’évêques de passage, comme ici le cardinal Zen, mais aussi des patriarches et évêques orientaux du fait de ma responsabilité d’ordinaire des catholiques orientaux pour la France. Je rencontre aussi le nonce pour évoquer des questions liées à la vie de l’Église en France. Mes autres liens avec l’Église universelle ont lieu à Rome, à la Congrégation pour les évêques, où l’on prépare les nominations des évêques, et en d’autres lieux comme Dublin, en juin, lors du Congrès eucharistique. »
© Pierre-Louis Lensel
« Le Collège des Bernardins est un élément capital du dispositif de la nouvelle évangélisation. C’est un équipement, un espace, des moyens et des personnes investis dans l’annonce de l’Évangile dans une société pluriculturelle et dans l’effort continu pour un dialogue fécond avec nos contemporains. Je suis très heureux de ce qui s’y accomplit. C’est même inespéré qu’en quatre ans on ait pu réussir à faire fonctionner ce projet de façon aussi intense et aussi forte. »
© Pierre-Louis Lensel
« Le conseil permanent de la Conférence des évêques de France se réunit tous les mois. J’y participe en ma qualité d’archevêque de Paris – qui fait de toute façon partie de ce conseil – et, en tant que président de la CEF, j’en ai la responsabilité. Ce conseil a pour principale fonction d’assurer une continuité entre les assemblées plénières de l’épiscopat, qui ont lieu deux fois par an et constituent l’instance souveraine de la Conférence épiscopale. Par ailleurs, il y a une réunion théologique tous les deux ans et une réunion des conférences épiscopales européennes chaque année. Enfin, signalons le travail mené avec les évêques d’Île-de-France qui se réunissent chaque mois, un après-midi. »
© Pierre-Louis Lensel
« Les médias d’Église sont un instrument pour transmettre, diffuser, interroger, provoquer des débats. Si je ne viens pas y donner quelque chose, ma mission d’enseignement risque d’être un peu courte. Quand, par exemple, je parle à Radio Notre Dame lors de mon entretien hebdomadaire, c’est le moment où je peux m’adresser le plus librement au nombre le plus important de personnes. Et lors de circonstances délicates, les médias d’Église sont un endroit où je peux m’exprimer en confiance. »
© Trung Hieu Do
« À Noël ou à Pâques, il y a au maximum 20 % des Parisiens qui vont dans une église. Il y en a donc 80 % qui n’y vont pas. Je me dis que si j’ai une occasion via les médias généralistes de m’adresser à ces personnes, je n’ai pas le droit de la refuser. Alors je sais bien que pour cela, il faut que j’accepte de parler de choses et d’autres qui intéressent plus les journalistes que moi. C’est un équilibre qui peut être délicat. J’essaie simplement d’avoir une parole libre. »
© Pierre-Louis Lensel
« Dans toutes les photos que nous avons vues ensemble, on peut constater que je fais un certain nombre de choses. Mais une part importante de ma vie est consacrée à la prière, pour vivre dans la présence du Christ et dans la méditation de Sa Parole. C’est le poumon de ma mission. Tous les jours, cela me permet de traverser ce kaléidoscope d’activités sans perdre la tête. »

Photos : Yannick Boschat, Pierre-Louis Lensel, Trung Hieu Do, P. Stéphane Duteurtre.

[1Extrait du décret sur la charge pastorale des évêques dans l’Église Christus Dominus, chapitre II, première partie.

Cardinal André Vingt-Trois

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